Cette oeuvre de Douglas Davis a quelque chose de très fermé. A un rythme relativement lent, il balade sa caméra sur des rues et maisons de New York, se rapproche progressivement d'une galerie, fait un zoom continu en avant et en arrière, jusqu'à ce qu'une image abstraite se dégage avant qu'il n'ouvre une porte. Le viseur de la caméra entre dans une galerie avec de grands tableaux d'animaux à l'air expressionniste et termine sa course dans une pièce sombre où se trouve l'installation de l'artiste: Images for the Present Tense. La pièce n'est éclairée que par une petite source de lumière provenant d'un écran de télévision tourné vers le mur, avec une image de panne claire. La caméra balayant lentement la pièce, le spectateur a le temps de s'habituer à cette situation. La lumière s'éteint pendant un moment, puis Douglas Davis sort pas à pas de la galerie, à reculons. Le dernier plan est le même qu'au début.


Par la structure fermée du même trajet aller et retour, la vidéo crée un cadre pour le point culminant: l'installation.


Ce qui frappe particulièrement, c'est que la caméra avance à un pas un peu plus mesuré que si l'artiste se rendait en temps réel à la galerie, revalorisant ainsi les plans individuels et conférant un caractère abstrait aux gros plans.


L'idée de Douglas Davis est d'utiliser la caméra comme un crayon, tout aussi naturellement qu'avec la main, un prolongement optique de l'artiste qui joue - ce qui procède de l'utilisation la plus libre possible du médium sans aucune dépendance vis-à-vis du rituel, comme le formulait Walter Benjamin. L'artiste va même encore plus loin ; par-delà cette dernière étape, il encourage la libération de la structure médiatrice, c'est-à-dire des caméras, des écrans et des circuits transmetteurs - ce qui procède de nouveau d'un lien direct d'esprit à esprit, sans véhicule intermédiaire.


Black and White Studies furent tournées peu de temps après la collaboration de Douglas Davis avec Nam June Paik. Lors d'une interview avec David Ross en 1976, Douglas Davis s'était plaint de la technique et, depuis lors, il se sentait libre.


Le plan principal de ce travail vidéo, pour lequel l'observateur devra compter au moins un quart d'heure, est l'écran de télévision tourné, avec l'image de panne dans Images for the Present Tense. L'écran, présenté tourné et non dans sa position correcte, distordu par l'image de panne, est détourné de sa destination première pour devenir source de lumière unique. D'une part, l'expectative de l'observateur débouche sur une certaine irritation, en découvrant comme joyau de la galerie un écran hors-service au lieu d'un écran prêt pour la présentation d'une bande vidéo. D'autre part, Douglas Davis formule justement ainsi sa critique quant à l'utilisation irréfléchie du médium, soulevant de nouveau la discussion à ce sujet.


Lilian Haberer