Brrraoumm, 1995

Bande vidéo Betacam SP PAL, diffusée sous forme de fichier numérique
4/3, couleur, silencieux


Gerbes de flammes, geysers de feu. Des voitures, des motos, des hommes et des chevaux, autant de machines et de corps qui fuient, explosent, se désagrègent. La lumière ronge l'écran, elle donne à l'oeuvre un faux air de vidéo retouchée au synthétiseur. Claude Closky a prélevé des passages de films, son choix porte systématiquement sur l'instant ultime de l'action : l'explosion, ce passage obligé du film à gros budget. On a pu même parler pour certains de ces films de "feu d'artifice formel" 1 : "Ce genre de fragmentation typique du clip […] - c'est la jubilation du feu d'artifice, assortie du plaisir "primitif" (l'une des premières bandes d'Edisson montrait quelqu'un casser des assiettes) d'assister à la destruction d'objets coûteux... "Et de film en film, à une époque où l'on parle de crise du récit au cinéma, on assiste à une surenchère permanente d'effets spéciaux. L'oeuvre de Claude Closky aligne ces surenchères en une réaction en chaîne où chaque explosion ouvre sur un autre embrasement, perdant ainsi tout effet de finalité ou de séquence terminale. On entre directement dans le paroxysme d'une situation dénuée de tout fondement, détachée de tout contexte. L'indifférenciation des plans d'un film à l'autre se dévoile. L'attention oscille entre la fascination des explosions et l'ennui de la répétition. La bande par son mutisme retire aux explosions tout effet de puissance. Une suite de déflagrations muettes pour une apocalypse non eschatologique et postmoderne qui s'exprime dans un langage universel : poursuites, explosions, cascades exercent le même impact populaire de Hong-Kong à Hollywood.

Dans une autre oeuvre (En avant, 1995), Claude Closky accumule des mouvements issus de cent films d'action empruntés en vidéoclub. La vidéo renoue ici avec un certain cinéma dit expérimental, le "cinéma pur" des années 20 qui sut s'affranchir de l'obligation de raconter quelque chose.

Dominique Garrigues

(1) Laurent Jullier, L'Ecran postmoderne (un cinéma de l'allusion et du feu d'artifice), Paris, L'Harmattan, 1997.