Nationalité britannique
Né en 1966 à Nottingham (Royaume-Uni)
Vit et travaille à Londres (Royaume-Uni)
Biographie
Bibliographie
Liste expositions

Biographie

Né à Nottingham en 1966, Mat Collishaw vit et travaille à Londres. Diplômé du Goldsmith College (Londres) en 1989, il fait partie de la génération des jeunes artistes britanniques apparue à la fin des années 1980 et révélée en grande partie lors de l'exposition Freeze organisée par Damien Hirst aux Surrey Docks de Londres en 1988.
Il produit essentiellement des photographies, des installations et des bandes vidéo, au travers desquelles il remet en question notre rapport aux images et à leur statut.
Mat Collishaw joue avec la réception des images qu’il présente. Il dissimule souvent la vraie nature de ce qu’il montre sous une esthétique très travaillée, une beauté plastique extrêmement attirante. Cependant, derrière l’esthétique élisabéthaine ou le « kitsch » absolu de ses installations photographiques ou vidéo, apparaissent les images de la violence, de la maladie, de la torture, de la mort, du suicide ou de la pauvreté, provenant de photographies de magazines, d’ images médicales, d’éléments de dossiers de police, sélectionnés pour leur crudité et leur provocation inhérente.
En exploitant la fascination de la société contemporaine pour la violence, la mort, le sexe et la perversion, il pointe et questionne le décalage entre le réel et sa représentation. Le trucage numérique et l’utilisation de techniques visant à l’illusion d’optique (effets de mosaïques, projection d’image sur des éléments réels) lui permettent de « détruire la réalité pour la voir à nouveau ».[1]
Françoise Jaunin écrivait en 1993 dans un article intitulé Attention les images nous regardent : « Par un curieux retroussement de situation, les images de Mat Collishaw valent moins pour elles-mêmes que par ce qu'elles nous apprennent sur nous regardant des images. D'ailleurs, ses images, il ne les fait pas vraiment lui-même. Il se contente de s'emparer d'images toutes faites (comme on parle d'idées toutes faites) et de les reproduire mécaniquement et à bon marché. Afin de souligner leur décalage par rapport au réel qu'elles sont pourtant supposées documenter. C'est dans ce décalage-là, comme une lézarde dans le système convenu de la représentation, que Mat Collishaw insinue le malaise. Découvrant une exposition de l'artiste anglais, le visiteur se sent surpris, non pas la main dans le sac, mais l'œil dans le viseur. Or voilà que le viseur se retourne contre lui et le rend voyeur de son propre regard et de l'exhibitionnisme sans morale d'une société dont il s'est fait le complice.[2] »
L’artiste explique: « Ce qui m'intéresse, c'est la manière dont les images me frappent de façon subliminale. [...] Que ça nous plaise ou non, il y a des mécanismes en nous qui sont amorcés pour répondre à tous les types de matériaux visuels, ne nous laissant pas notre mot à dire sur ce qui nous stimule. Les publicités que l'on trouve à la télévision et dans les magazines en papier glacé sont conçues pour avoir un pouvoir sur l'esprit avant même de pouvoir être remises en question. Le côté sombre de mon travail concerne d'abord les mécanismes internes de l'imagerie visuelle et comment ces mécanismes s'adressent à l'esprit ».
Sa première œuvre présentée en public est une installation photographique intitulée Bullet Hole .Il s’agit d’une photographie en très gros plan d’une blessure par balle sur un crâne, fragmentée dans 15 « light boxes ». Au premier abord, l’image tirée d’un ouvrage de médecine n’est pas identifiable et l’on croit voir une fleur, un sexe de femme ou encore une composition abstraite.
Par la suite, plusieurs de ses œuvres se rapporteront au suicide, notamment Burnt Almonds (2000) recréation photographique des suicides des dirigeants nazis à la fin de la seconde guerre mondiale. Dans ses œuvres plus récentes, Mat Collishaw a recours à de nouvelles formes, mais toujours selon le même principe d’opposition entre l’apparence et le sujet de l’œuvre. Il présente ainsi des photographies ou des vidéos de saes rues de Londres, qu’il met en scène dans des « boules de neige » (ces boules remplies de flocons de neige destinées à rappeler les merveilles de chaque ville), sortes de souvenirs pour touristes géants. En janvier 2002, Véronique d’Auzac constate une évolution dans le travail de Collishaw : « Ces nouvelles créations traduisent la maturation heureuse de cet artiste. Elles témoignent de la transformation d’une dimension purement provocatrice en une rébellion plus efficace fondée sur l’ambivalence des sentiments, génératrice d’un séduisant malaise. Ces installations conservent la fibre subversive indispensable à l’impact du résultat, mais elles prennent ici une dimension plus poétique sans avoir abandonné la sève du désir et du plaisir.[3] »

Emilie Benoit

[1] Mat Collishaw, Stuart Morgan, Françoise Jaunin; Interview by Alison Sarah Jaques, Galerie Analix, Genève, 1993.
[2] Ibid.
[3] Véronique d’Auzac in : Art Press, n° 275, janvier 2002.